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Mode et fashion

Entre kimonos et djellabas

Âgée d’à peine 23 ans, la styliste tunisienne Anissa Meddeb se signale déjà dans le monde très codifié de la haute couture.

Avoir les honneurs du magazine britannique Vogue pour une première apparition à la Fashion Week de Londres reste utopique pour qui débute dans le monde très concurrentiel de la mode. À 23 ans à peine, la styliste et designer franco-tunisienne Anissa Meddeb a pourtant bien réalisé ce rêve. Repérée par les dénicheurs de talents de la semaine de la mode londonienne, elle a été sélectionnée, avec trois de ses consœurs, sur plus de 300 candidats. Elle a obtenu le privilège de présenter, le 16 septembre, sa collection printemps-été 2017 dans la catégorie Ones to Watch – « ceux qu’il faut suivre » – au Freemasons Hall (Mayfair). Dans cet espace, siège de la franc-maçonnerie anglaise détourné de ses fonctions initiales pour cet événement, Anissa Meddeb a eu trois minutes pour convaincre un public aussi exigeant qu’excentrique avec une collection capsule. Interfaces : A Visual Dialogue, qu’elle avait présentée en avant-première à Tunis en avril 2016.

Elle lançait alors son label Anissa Aïda, en hommage à sa sœur disparue avec laquelle elle partageait une passion pour la mode. Une passion et une vocation nourries avec détermination depuis l’âge de 8 ans. À Tunis et à Paris, qui l’ont vue grandir, elle préfère New York, pour « l’énergie que la ville transmet à tous ceux qui y vivent », et y pose les jalons d’un début de carrière. Diplômée en beaux-arts de la prestigieuse Parsons School of Design, elle enchaîne les stages, notamment chez Marc Jacobs Accessoires, à New York, A.P.C., à Paris, et Éthologie, à Londres, avec Jasper Garvida. Elle fait ses premiers pas professionnels auprès de threeASFOUR, une équipe de fashion designers du milieu bohème chic new-yorkais, avant de rejoindre Outdoor Voices, une start-up qui figure en 2016 sur la liste des Most Innovative Companies. En 2015, une première collection inspirée de voyages et de paysages vus du ciel, remarquée par les blogueurs américains « lanceurs de tendances », encourage encore la fille de l’économiste Radhi Meddeb et de l’architecte Achraf Bahri.

ADRÉNALINE.

Sur le podium, à Londres, la minuscule jeune femme blonde au sourire éclatant revisite les traditions et en fait, dans un rigoureux camaïeu de bleus et de blancs, une relecture moderne, graphique, aux allures intemporelles. « De nombreux fils conducteurs semblent relier kimonos, jebbas, djellabas, caftans… La coupe, la géométrie, la structure, les textures, les couleurs ont un langage commun fait de tradition et de modernité. Ces mondes sont des sources infinies d’inspiration et un point de départ pour toutes mes créations. J’aime y ajouter des éléments d’une garde-robe dite « occidentale » aujourd’hui globalisée, pour favoriser un dialogue entre les cultures », explique la styliste. Ses sarouels bayadères semblent sortis tout droit de récits de pirates de la mer de Java, et ses chapeaux de paille blanchie de Djerba ont des airs de coiffes japonaises. Plus que des vêtements, Anissa Meddeb construit d’abord une allure à partir d’un travail sur les volumes et des textures naturelles. Une approche à laquelle le public de la Fashion Week donne une dimension « transgenre et transgénéra- tionelle » inattendue pour sa conceptrice.

Ce succès londonien a donné à Anissa le goût des poussées d’adrénaline… Comment ne pas trouver, alors, le retour à la vie normale « bien plat » ? Mais ce n’est qu’un début, puisque dès le 4 novembre, à Paris, sa collection était le clou de la soirée de lancement du magazine digital de Studio Faust consacré au luxe et à la mode. 

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